Julien Frydman : De Magnum à Paris Photo à la Fondation LUMA

Chaque mois, Profession Photographie organise à l’Institut National de l’Histoire de l’Art (INHA) des entretiens avec des professionnels du monde de l’art. Ce cycle d’entretiens, lancé en janvier 2016, a débuté cette nouvelle année par un entretien avec Julien Frydman. L’occasion de revenir sur les différents projets qui ont ponctué sa carrière jusqu’à présent, que ce soit à Magnum, à Paris Photo et aujourd’hui à la Fondation LUMA.

Un entretien passionnant où Julien Frydman montre comment il est possible de trouver le juste équilibre entre objectif commercial et démarche artistique. Un équilibre où ce « tap dancer », « danseur de claquettes », comme il fut surnommé par l’un des photographes de l’agence Magnum Alec Soth, excelle. En voici quelques exemples !

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Julien Frydman  (Crédits Nadine Jestin)

10 ans chez Magnum

Avant de devenir pendant cinq ans directeur de Magnum, Julien Frydman rejoint l’agence en 2002 en tant que directeur des partenariats.

« A mon arrivée, je passe un temps très long à parcourir les portfolios, à présenter les books des photographes, à choisir quelles peuvent être les bonnes images, à réaliser un travail d’immersion dans le travail des photographes. »

De l’art de maîtriser les commandes et les partenariats…

Une partie de son travail consiste alors à décrocher des commandes importantes, rémunératrices pour les photographes. C’est indispensable autant pour le photographe que pour l’agence, surtout à une période où le déclin de la commercialisation des archives était déjà bien entamé.

« L’objectif c’est d’obtenir des commandes respectant l’écriture du photographe, trouver une commande qui donne au photographe l’occasion d’appliquer son regard. On peut en quelque sorte « pervertir » un peu le travail de la commande. »

C’est le cas par exemple avec la commande du Bon Marché, pour lequel est lancé un magazine de mode réunissant des photographies de Martin Parr. Les tirages sont ensuite exposés au sein du grand magasin. L’opération est renouvelée quatre années de suite avec d’autres photographes : Alec Soth, Bruce Gilden, Lise Sarfati.

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« On recherche des commandes corporate de qualité, qui fassent sens, qui entrent en résonance avec le talent du photographe et que l’on peut décliner sur plusieurs supports. Dans cet esprit, on peut citer le travail de suivi des chantiers du Louvre Abu Dhabi pendant quatre ans réalisé par Mark Power, très doué pour donner une dimension abstraite et acérée des environnements industriels. »

Au-delà des commandes corporate, d’autres opérations de partenariat soulignent cette faculté à proposer quelque chose d’inédit, à surprendre, et à préserver une démarche artistique.

« Pour le 60ème anniversaire de Magnum, on décide de faire un livre avec l’éditeur Xavier Barral. L’idée est de prendre le contre pied, de ne pas faire un livre de photographies, mais un missel, un petit livre blanc où chaque page correspond à une date, une histoire, un moment clé de photographies et on écrit le texte de façon à voir l’image sans la montrer puisque nombre de ces images font d’ores et déjà partie de notre inconscient collectif. »

… à la création de la galerie Magnum

« Il y a également tout un secteur qui manquait à l’agence, présent mais insuffisamment développé c’est la vente de tirages. Alors que l’on est à un moment où le marché commence à s’élargir, il faut rendre cet accès aux tirages plus évident, moins confidentiel et créer ainsi un lieu dédié. »

Dans un premier temps, les bureaux du rez-de-chaussée sont transformés en une galerie. La première exposition présente le travail de Philippe Halsmann. Un livre est publié à cette occasion Unknown Halsman et c’est le point de départ d’une exposition qui sera ensuite montrée au Musée de l’Élysée à Lausanne, puis au Jeu de Paume. La deuxième version de la galerie, rue de l’Abbaye dans le 6ème arrondissement de Paris, est inaugurée en 2009, la direction en est confiée à Valérie Fougeirol.

Paris Photo

Après cinq ans à la direction de l’agence Magnum, Julien Frydman prend la direction de Paris Photo, au moment où cet événement déménage du Carrousel du Louvre au Grand Palais. Les défis sont alors immenses: comment aménager un tel espace?

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Les défis du Grand Palais

Les revenus d’une foire se répartissent entre la vente d’espaces aux exposants, la recette de la billetterie, et les partenariats. Le risque avec une surface importante comme celle du Grand Palais, c’était d’accepter tout et n’importe quoi. Julien Frydman et son équipe prennent plusieurs décisions pour le développement de Paris Photo sous la nef du Grand Palais, ils décident entre autres de :

  • Créer une programmation complémentaire des galeries en invitant les institutions (Tate, Musée de l’Elysée, The Shpilman Institute for Photography…) à montrer leurs acquisitions récentes. Cet espace dédié aux institutions permet d’attirer les collectionneurs et les partenariats.
  • Mettre en avant les collections de collectionneurs privés, comme celle d’Artur Walther. Cela permet également d’attirer un autre partenaire privé.
  • Rassembler l’ensemble des artistes représentatifs du secteur, en menant un travail auprès des galeries d’art contemporain, afin que celles-ci songent à exposer « les artistes qui utilisent le medium de la photo ».
  • Donner une place de choix aux livres de photographie en créant un vrai espace dédié aux livres et aux éditeurs. Les prix « Paris Photo – Fondation Aperture » sont lancés pour récompenser le premier livre d’un photographe et le livre de l’année. Cet espace a un réel impact économique pour les auteurs de livres de photo.

La rencontre avec David Lynch et la création de Paris Photo Los Angeles

Les partenariats artistiques naissent aussi de rencontres fortuites, c’est le cas avec David Lynch, rencontré en 2011 la veille de l’ouverture de Paris Photo, lors du vernissage d’une exposition de William Eggleston à la galerie Gagosian. Julien Frydman l’invite à Paris Photo puis germe très vite l’idée de travailler ensemble pour faire un livre photo, qui deviendra : « Paris Photo vu par David Lynch » avec un parcours dans la foire pour découvrir les photographies choisies par l’artiste. Après cette rencontre, Paris Photo, qui devait se développer à l’international, sera lancé à Los Angeles.

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David Lynch (Crédits photo: Paris Photo 2011)

Pour Julien Frydman, le choix de Los Angeles s’impose en raison de la relation enthousiasmante de la ville à l’image.

« Les artistes de la côte ouest ont un rapport décomplexé à l image et à la photographie: ils manipulent, détournent l’image, interviennent sur la pellicule, font des montages, ils ont une écriture photographique très spécifique. C’est un endroit qui va nourrir le positionnement de Paris Photo, qui est désormais axé sur l’ensemble des écritures photographiques. C’est un choix qui fait sens par rapport à la photographie que j’ai envie de défendre. »

Il s’avère difficile de trouver un lieu qui ne soit pas en total décalage avec Paris, finalement, on leur propose d’installer cette foire à la Paramount. Au milieu des grands hangars, un espace semble possible: les décors d’un faux New York.

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La foire à Los Angeles se déroule en mai, une programmation spécifique est développée, notamment une exposition autour des archives de la police de Los Angeles. Cette dimension festive et ce positionnement sur les différentes écritures permet de très bien ancrer la foire, mais un travail important reste à faire pour convaincre les acheteurs. Julien Frydman regrette que l’on n’ait pas assez donné de temps et de moyens à la foire à Los Angeles.

Fondation LUMA

Il rejoint ensuite la Fondation LUMA, en tant que directeur du développement des activités de la fondation lancée par Maja Hoffmann.

Premières réalisations

L’une de ces premières réalisations est d’accueillir au sein de la Fondation LUMA la foire du livre de la photographie Offprint, qui réunit environ 130 éditeurs indépendants dans le domaine de la photographie, du livre d’artistes, des écrits autour de l’art. Cette foire, créée en 2010 par Yannick Bouillis, permet de donner de la visibilité à des personnes rarement mises en lumière.

Au-delà de la photographie, de nombreux projets sont en cours à la Fondation LUMA, dont les espaces mêmes sont actuellement en chantier, et c’est bien là un des défis: s’assurer que malgré les travaux, il y ait des espaces accessibles de qualité pour les publics, notamment lors des Rencontres de la photographie.

La Fondation LUMA, qui s’étend sur 35 000 mètres carrés, est située dans les anciens entrepôts de la SNCF : il y a d’une part des bâtiments restaurés par l’architecte Annabelle Selldorf, et un bâtiment en construction, réalisé par Franck Gehry. Une partie de ces espaces sera consacrée au fonctionnement de la fondation, une autre à des expositions, enfin une partie sera destinée à l’accueil des artistes en résidence. Certains lieux sont également réservés aux performances, comme c’est le cas dans le cadre du partenariat avec Benjamin Millepied et sa troupe LA Dance Project. Cela traduit bien l’esprit de la fondation : rendre visible une partie du processus de création.

 

ATELIER LUMA

Depuis juin, un travail d’études, « l’ATELIER LUMA », a été lancé sur les savoir-faire, les artisans locaux, les matériaux que l’on trouve en Camargue. Une quarantaine de designers internationaux sont venus l’été dernier repérer des matériaux et rencontrer des artisans, afin de travailler ensemble, faire des essais, produire, faire de la recherche appliquée. L’objectif est de mener une réflexion vertueuse sur l’utilisation de certains matériaux au sein de la fondation et développer des activités économiques pour Arles et sa région.

Du 22 au 27 mai prochain, les acteurs concernés par l’ATELIER LUMA sont invités à se rencontrer. Une résidence est prévue ultérieurement afin d’accueillir des startup et créer dès lors des interactions avec les activités de la fondation LUMA, dans les domaines de l’art, de la culture, de l’éducation, des droits de l’homme.

Julien Frydman met ainsi aujourd’hui ses talents au service de projets, qui vont bien au-delà de la photographie!

Publié par Solène Delorme

 

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