Alors que le festival international du photojournalisme, Visa pour l’Image, a ouvert ses portes à Perpignan jusqu’au 17 septembre, un autre projet porté par Jean-François Leroy, président de Visa pour l’image, met à l’honneur le photojournalisme à Paris!
Depuis début juin, l’arche de la Défense accueille un nouvel espace d’exposition consacré au photojournalisme, baptisé l’Arche du photojournalisme, dont la direction artistique est ainsi assurée par Jean François Leroy.
Tous les 3 mois, le travail d’un photojournaliste et une thématique seront abordés dans cet espace incroyable de plus de 1200 mètres carrés situé au sommet de la Grande Arche de la Défense à 110m au dessus du sol.

L’exposition d’inauguration, intitulée Too Young to wed (Mariées trop jeune), visible jusqu’au 24 septembre, met en avant le travail de la photojournaliste américaine Stéphanie Sinclair sur les mariages précoces.
Toutes les deux secondes, une jeune fille est mariée contre son gré, soit 39 000 filles chaque jour, dans plus de 50 pays à travers le monde. Au cours des dix prochaines années, 140 millions de jeunes filles seront mariées avant l’âge de 18 ans. Le mariage précoce est une violation des droits fondamentaux. Il signe la fin de l’enfance. Ces jeunes filles sont forcées de quitter l’école et assumer un rôle d’adulte. Elles se retrouvent en situation d’asservissement domestique et sexuel dans leur foyer.
Ce travail au long cours entamé en 2003 en Irak et en Afghanistan multiplie les points de vue et aborde les différents enjeux liés à la question du mariage précoce : qu’ils soient sanitaires, économiques ou sociaux.
La photographe témoigne de la situation aux quatre coins du monde, de l’Afrique à l’Asie, en passant par le Moyen-Orient et l’Amérique (Yémen, Irak, Népal, Afghanistan, Guatemala, États-Unis, Éthiopie, Sierra Leone, Indonésie…)

Il est question de mariages précoces entre des jeunes filles parfois à peine âgée de 8 ans avec des hommes adultes, mais aussi de mariage précoce entre une jeune fille et un jeune garçon. La photographe suit par exemple un couple marié très jeune au Népal. Le mariage précoce était en recul dans ce pays mais suite au violent séisme de 2015, les familles renouent avec cette pratique par manque de ressources. De plus, de nombreuses écoles ont été détruites à cause du tremblement de terre, mettant à la rue de nombreux enfants, qui ne peuvent plus poursuivre leur scolarité.
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Les mariages précoces ne sont pas l’apanage des seuls pays en développement, ils existent aussi en Occident, l’exposition permet de découvrir la situation de jeunes filles mariées dans le cadre de l’Eglise fondamentaliste des saints des derniers jours (FSDJ), accusée d’éduquer les jeunes filles pour en faire les épouses des dignitaires polygames de l’Eglise.

Il est également question des problèmes de santé rencontrés par ces jeunes filles mariées très jeunes, qui doivent faire face à des maternités précoces aux conséquences dramatiques. Le mariage précoce est aussi intimement lié à la place de la femme dans la société. La femme est dépourvue de ses droits et considérée comme un objet, elle ne peut aller à l’école, se retrouve dépendante financièrement de son mari et est souvent victime de violences conjugales, comme en témoignent ces photographies particulièrement émouvantes de femmes victimes d’attaque à l’acide, de jeunes femmes qui ont tenté de s’immoler pour se soustraire à des maris violents ou échapper à des mariages forcés… Quelques photographies prises dans un centre médical en Indonésie dénoncent également la pratique de l’excision, qui induit là encore une maltraitance des jeunes filles, de leur corps, une négation de leur liberté sexuelle.

Dénoncer mais aussi susciter l’espoir
Stéphanie Sinclair montre aussi les solutions mises en place pour changer les mentalités et faire disparaître ces mariages précoces : avec des programmes de scolarisation, l’établissement de nouvelles cérémonies pour marquer le passage à la vie d’adulte autre que par la tradition de l’excision … Il y a aussi des portraits d’hommes et de femmes qui se battent dans leur pays pour faire comprendre les conséquences désastreuses des mariages précoces… La photographe a elle-même créé en 2012 sa propre ONG intitulée Too Young to wed pour lutter contre les mariages précoces. Un travail engagé qui donne une voix à des milliers de jeunes filles à l’enfance volée.

Au sein de cet espace d’exposition, un hommage est aussi rendu au photojournaliste Stanley Greene disparu en mai dernier. Un photojournaliste prolixe, dont une infime partie de son travail est montré ici.

Bref, un endroit à découvrir, malgré le tarif dû à la possibilité d’accéder au toit terrasse de l’Arche, qui vaut aussi le détour!
Information pratique :
Plein tarif : 19€ (Tarif de l’exposition : 4 euros, ne peut se visiter sans l’accès au toit terrasse: 15 euros)
Ouvert tous les jours de 10 heures à 19 heures
http://www.lagrandearche.fr